Les villages dans Shouna la genèse maudite

SIGUIL (relève – toi) – Village de Shouna – il est né à la sortie de ce village. Ses parent y habitent et y cultivent leurs champs. Ils participent à la vie communautaire jusqu’à l’arrivée de leur fils prodige. C’est un village qui fait face aux aleas de la vie et dont les habitants ont une résilience à toute épreuve.

SÜBE (demain) – village d’enfants disparus – Dès l’âge de sept ans, ces enfants disparaissent mystérieusement. De ce fait, ils ont tous arrêté de grandir et les mères ne portent plus d’enfants. Cependant, l’espoir demeure car demain est un nouveau jour.

NDEEYSAAN (le pauvre) – village sacrifié – le village et ses habitants ont servi de festin aux êtres des ténèbres – il a entièrement disparu, avalé par le sol. Tout le monde a pitié de ce village fantôme

DEXX (fleuve) – royaume du fleuve, royaume de Shouna. Différent de celui de Mamie Wata

Il fut un temps…

Il fut un temps où la marche était pénible mais bien réelle. Il fut un temps où la vie autour de l’être grouillait de projets et la tête s’en emplissait. Elle se remplissait de rêves. De rencontres. De force. Malgré les déboires. Les douleurs. Les cris muets. Les larmes brûlantes. Il fut un temps…

Le temps est venu. Celui des absences. Des « avant, je pouvais« . Des marches incertaines. Du vide abyssal de la vie. De la fin des projets et des rêves. Des doutes. Des rêves brisés. Il est venu… le temps des cris sourds. Des cris-hurlements qui tétanisent la gorge. Des cris qui font des entrailles les fossoyeurs des rêves brisés. Il est venu… le temps des larmes solitaires. Des douleurs muettes de stupéfaction. Des douleurs… briseuses de corps et de vie. Il est venu le temps…..

Incompréhension. Doutes. Chuchotements. Regards sévères. Regards pénibles. Regards accusateurs. Regards…Oubliés les partages. Les rires. Oubliée l’innocence des lendemains. Oubliés…

Demain est un autre jour. Demain est un rêve avorté. Demain est source de souffrances. De douleurs. De peurs. De terreurs sans nom. De cœurs brisés. D’amour propre piétiné sur l’autel du doute. Du doigt accusateur. Du qu’en dira t-on tenace.  Du qu’en dira t-on menaces. Du qu’en dira t-on. Demain….

Amélie Diack

Antony,  le 26 janvier 2019

Extrait « une nuit d’enfer pour Adi »

Le sorcier… Où était-il ? Pourquoi ne répondait-il pas à ses appels ? Ô Dieux! Le cauchemar recommençait ! Quelle horreur ! Que faire ? Adi réfléchissait rapidement à un moyen de fuir. Vite ! Vite ! Un sifflement lugubre, dans son dos, lui fit perdre le cours de ses pensées. L’ennemi se rapprochait. Pourquoi ces vieillards assis sous le baobab continuaient-ils à discuter ? Ne voyaient-ils pas qu’il était en danger ? Adi se mit à faire de grands signes pour attirer leur attention. En vain. Le chien de la maison s’était enfui. Il se terrait derrière les vieillards et gémissait en tremblant de tout son corps. Adi se sentait seul. Incompris. Abandonné. Il était découragé. Las. Si las.

Le serpent glissa vers lui. Adi se mit à reculer. Il regrettait d’avoir quitté l’hôtel. Au moins, là-bas, il aurait pu recevoir le soutien du gérant. Enfin, peut-être. Le sorcier ! Il avait fait un geste pour éloigner les monstres. L’amulette ! Adi se souvenait du cadeau fait par son père, à la fin de son initiation dans le bois sacré. Il prit à pleine main l’amulette qu’il avait autour du cou et l’éleva entre lui et le reptile… qui disparut dans un nuage gris. À sa place, se trouvait un liquide verdâtre qui disparut dans le sol dans un chuintement horrible.

DISCOURS D’ADIEU DE GBEHANZIN (1844 – 1906)

220px-behanzin-1895Compagnons d’infortune, derniers amis fidèles, vous savez dans quelles circonstances, lorsque les français voulurent accaparer la terre de nos aïeux, nous avions décidé de lutter. Nous avions, alors, la certitude de conduire notre armée à la victoire.

Quand nos guerriers s’élevèrent par milliers pour défendre le DANHOME et son roi, j’ai reconnu avec fierté la mêmeamazonedahomey bravoure que manifestaient ceux de AGADJA, de TEGBESSOU, de GUEZO et de GLELE.

Dans toutes les batailles, j’étais à leur côté. Malgré la justesse de notre cause, nos troupes compactes furent décimées en un instant. Elles n’ont pu défaire les ennemis blancs dont nous louons aussi le courage et la discipline; et déjà ma voix éplorée archives-4n’éveille plus d’écho.

Où sont, maintenant, les ardentes amazones qu’enflammait une sainte colère? Où est leur chefamaz_dahomey_6_1 indomptable GOUDEME YEWE KETOUGAN? Où est leur robuste capitaine GODEGBE CHACHABLOUKOU GODJILA? Qui chantera leur splendide sacrifice, qui dira leur générosité puisqu’ils ont scellé de leur sang le pacte de la suprême fidélité?

Comment accepterai – je sans eux une quelconque abdication? Comment oserai – je me présenter devant vous, braves guerriers, si je signais le papier du général?

Non! A mon destin, je ne tournerai plus le dos. Je ferai face et je marcherai car la plus belle victoire ne se remporte pas sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot.
Est vraiment victorieux l’homme resté seul et qui continue de lutter dans son cœur…

Un ange est passé

Des larmes roulent sur des joues. Des yeux se noient. Le ciel pleure. Il déverse des torrents de larmes. Il porte le deuil. Un mouvement. subreptice. Discret. Un mouvement.
Une femme. Un homme. Noyés sous la pluie. Eperdus de douleur. Un frère. Une sœur. Un ami. Une douleur commune. Leurs larmes sont mêlées au déluge des cieux. Un clou. Deux clous. Dix clous. Tout est scellé. Plus rien à voir.

Aujourd’hui le ciel a pleuré l’un des siens. Le monde a pu témoigner de cette peine immense. Un peuple entier a partagé cette douleur. Sans le savoir. Discrètement. Une voiture. Deux voitures. Dix voitures. Un corbillard. Un avion. Une âme s’en est allée. Vers les racines. Vers la terre mère. Des sanglots. Des cris. L’effondrement de toute une fratrie. La douleur d’une famille. Demain, un ange reposera parmi les siens. Aujourd’hui, un ange est passé. Aujourd’hui, un ange s’en est allé.

La terre se fera légère et douce comme une mère pour le lover au creux de son sein. Une mère confiera son enfant à une autre mère: la terre. La peine restera et sera profonde. Un ange est passé parmi les hommes. Un ange est retourné parmi les siens.

Amélie Diack Antony le 28/12/2016

Liberté….

La brise lui fouetta le visage. Une caresse. Un doux baiser. Elle ferma les yeux. Ses cils frémirent. Elle prit son temps. Inspiration profonde. Frémissement d’un cœur. Douceur. Tendresse. Elle humait l’air marin. Longtemps. Si longtemps. Son corps frémissait au rythme des caresses nuageuses.

Elle écarta les bras, inspira profondément et poussa un cri. Puissant. Vibrant. Muet. Silencieux. Son corps tanguait, ivre de sensations. Cela faisait longtemps. Si longtemps. Un kaléidoscope de couleurs. De sensations. Le monde n’avait pas participé à la folie de ses sens. A son ivresse profonde.

Devant elle, une voiture s’arrêta. Brusquement. Bruyamment. Claquements de portières. Cris. Des cris qui firent bondir son cœur. Elle eut juste le temps d’écarter les bras avant d’être soulevée. Un éclat de rire. Le sien. Cristallin. Celui des autres. Grave. Retour sur la planète terre. Heureuse, elle s’engouffra dans la voiture. Aujourd’hui était un jour spécial. Son dernier jour de prison. Le premier d’une nouvelle vie.

Amélie Diack Paris le 7 juin 2008

AUBE VERTE (à Sabah)

Une sonnerie vrilla le silence. Seul l’écho répondit. La maison était vide. Pourtant elle grouillait de vie. Une télévision, quelque part, hurlait une chanson chaloupante. Des enfants criaient en rythme. Une femme s’égosillait par-dessus cette cacophonie. Son cri restait fortement inaudible.

Des bruits de pas. Précipités. Colériques. Pressés. Un grognement sourd. Un bruit de verre brisé. Le silence. Silencieusement bruyant. Le silence. Lourd de non-dits. Le silence. Vibrant de hurlements tus, étouffés.

Une débandade. Plus d’enfants. Une terreur muette. Une voix étouffée qui cherche un écho. Une réponse qui ne vient pas. Qu’y a-t-il ? Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Des nouvelles. De qui ? Ah.

Le silence. A nouveau. Terrible. Douloureux. Une âme qui se déchire. Des sanglots. Des soupirs. Des souvenirs. Un cœur que se fracasse. S’arrache à vif. En vie.
Elle était là. Il fut un temps. Elle est partie par une aube incertaine. Elle foulait le tapis vert. Elle avançait sans un regard en arrière. Elle est partie notre Aube Verte. Sans un regard en arrière. La tête pleine de rêves. Elle est partie Sabah vers une contrée qui se nommait Akdar.

Un téléphone qu’on raccroche. Une voix muette qui résonne dans le silence. Des larmes brulantes. Un sourire. Illuminé. Vivant. Des yeux qui pétillent. Il n’y aura plus d’aube verte. Unique aube verte. Plus que jamais présente.

Amélie Diack
Antony le 02 juillet 2017

Le fou dans la société Africaine

Les traditions jouent un rôle plus ou moins prégnantes dans la vie des Africains. Au Sénégal, les relations à l’autre sont si codifiées que la parole a du mal à se libérer. Dans la littérature, un personnage est libre de tous tabous : le fou. Il est libre, car il est en lien direct avec les esprits et les ancêtres.

Ainsi, le fou de Birago Diop (leurres et lueurs), le Sergent Moussa Ndiaye, vétéran de la Seconde Guerre, déclamait au crépuscule des paroles de sagesse pour les villageois : «Écoute plus souvent les choses que les êtres, la voix du feu s’entend, entend la voix de l’eau […] les morts ne sont pas morts », car sa folie venait du fait qu’il avait tourné le dos à la tradition. Les Ancêtres et les Totems (esprits) avaient pris possession de son être. C’était le prix à payer. Quant à Cheikh Hamidou Kane (l’aventure ambiguë), son fou était le seul à oser défier le Conseil des Sages qui souhaitait assujettir la femme à la veille des indépendances. Ce Conseil qui voulait faire taire la Grande Royale qui défendait ses sœurs.

Que ce soit au cinéma, au théâtre ou dans la littérature, le fou représente la conscience du peuple. Il est celui qui dit tout haut ce que le peuple pense tout bas. Celui qui ne fait jamais scandale par ses dires et qui a son esprit en débandade. Celui qui erre à travers la vie en parlant à ses démons. C’ est un être sacré.

Sacré, puisqu’il est possédé par les dieux tutélaires. Nul ne le frappe, nul ne le harangue, vu qu’à travers lui, les Ancêtres se manifestent. Il s’agit d’une sorte de philosophe qui a réfléchi au-delà de la conscience. Le fou est celui dont la conscience est plus que torturée, laminée, mise à mort par les totems ancestraux. Celui qui a foulé aux pieds le sacré. Celui qui n’a plus de limites. Celui qui vit hors du village, hors de la protection et de la bénédiction des Ancêtres et qui représente la face sombre de la société. Cette face que nul n’aime voir et à laquelle personne n’aime s’identifier. Le fou… Un être à part.

Bonnes fêtes!!!

En quittant cet endroit, je me répétais ces mots: bonnes fêtes. Des mots d’une banalité absolue. Je les trouvais superbes.

« Bonnes fêtes« . A qui le dire? Celui que j’ai vu hier, le visage crispé de douleur? Ce médecin débordé, les yeux rougis par la fatigue, qui écoutait patiemment une vie en sursis lui racontant sa jeunesse à trois heures du matin?

Peut-être à cette infirmière qui répondait inlassablement à une sonnette désespérée et inutile? « Bonnes fêtes ». Oui, je le dis à cet homme qui s’est empressé de changer de trottoir en rencontrant ce zombie diurne: Moi!!

Je le dis à cet enfant qui fait un caprice parce que le père Noël s’est trompé de cadeau, à cet enfant oublié du Père Noël. Pourquoi pas à cette mère courant après une nourriture insuffisante pour ses enfants et qui éclate de rire par ce que le soleil a refusé de se réveiller ce matin. Le soleil a décidé qu’il allait faire la fête avec sa famille et ses amis. Quel ingrat!!

J’ai regardé autour de moi ce matin et j’ai souhaité de bonnes fêtes à cet homme frigorifié sous des cartons de fortune, à cet enfant qui s’éclatait en regardant ma bille de clown, à cette femme porteuse de vie admirant cette femme qui avait une longue vie et s’en vantait.

J’ai souhaité de joyeuses fêtes à ceux que je croisais ou que j’avais croisés. « Bonnes fêtes » ce sont les mots que m’ont dit une femme en fin de parcours et illuminée de l’amour de toute une vie. « Bonnes fêtes » ce sont les mots qu’elle m’a dit avant « d’aller faire un p’tit tour au paradis » comme elle le disait souvent.

« Bonnes fêtes » des mots simples qui m’ont emplie ce matin de tristesse, de force et d’amour. « Bonnes fêtes » à moi toute seule, pleine de mon égoïsme, de mon plaisir de respirer cet air matinal et glacial.

« Bonnes fêtes » des mots de partage dont je me suis enivrée. Merci à cette femme qui m’a appris à apprécier les mots les plus simples avant d’aller faire « un p’tit tour au paradis« . Merci à toi ma grande. « Bonnes fêtes » à toi, je sais que tu dois faire une boum d’enfer au paradis des merveilleuses gens. enjoy your paradise. Bonnes fêtes à toi……………….

Amélie Diack

Paris, le 2 janvier 2008

Shouna, la Genèse maudite T.1 par l’association Écriture Plurielle – 07 janvier 2019

lundi 7 janvier 2019

 

Il était un temps où les montagnes et les mers parlaient d’une même voix

C’était le temps des couchers de soleil magnifiques et des levers de lune étincelants. C’était le temps où les astres régnaient encore sur la voûte céleste, où les animaux parlaient et où les humains n’étaient pas encore aveugles et sourds aux manifestations de la nature. Finalement, ce n’est pas un temps si éloignés de notre époque, car je m’y suis reconnue comme dans un miroir.

C’est qu’Amélie Diack a une voix si puissante qu’elle traverse les océans, relie les continents, et fait surgir le passé aussi bien que l’avenir. Comme tous les contes et récits de création, Shouna contient une part de sagesse tellement énorme qu’elle nous submerge totalement.
Qui n’a pas connu la détresse du rejet et de l’abandon ?
Qui n’a pas trahi et été trahi ?
Qui n’a pas ri aux éclats quand la chance lui a souri ?

Une fresque aux mille couleurs

En quatrième de couverture ou dans le résumé, l’auteur promet un voyage et de l’exotisme : c’est très réussi ! A côté des aventures de Shouna, Percy Jackson est un simple débutant sans grande envergure.
La grande fresque universelle d’Amélie Diack positionne l’humanité à sa juste place, dans un univers où la nature est reine : les mondes terrestres et aquatiques, les enfers et le monde du bien. C’est une invitation à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure, dans toute sa splendeur.

Tableau de Kre MBaye – avec mes remerciements à Baye*

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Et pourtant, cette impression de luxuriance et d’immensité ne tient pas à la complexité des tournures de phrases ou des explications. L’auteur , en habile conteuse, possède toutes les clés de notre imaginaire et de nos archétype. La Reine des Eaux est d’une beauté envoûtante, tandis que la vieille sorcière est d’une laideur nauséabonde. Vous y êtes : en quelques mots, l’exact portrait des personnages s’est gravé en vous, y compris celui de cet homuncule vert aux jambes torses et aux cheveux embrouillés – dont vous n’aviez jamais entendu parler auparavant…

Désapprendre pour apprendre
Et pourtant, en débutant ma lecture, je ne cherchais qu’un peu de dépaysement, sans plus. Le Sénégal m’intéresse en ce moment et je pensais trouver de la couleur locale. Les premières lignes m’ont rappelé certains écrits adolescents (D’ailleurs l’auteure a inventé cette histoire il y a bien longtemps, à la fin des années 80) et je commençais à classer ce récit en jeunesse. Mais voilà !
Le désespoir de cette mère sans enfants, cet enfer qui enfante un innocent, ce dilemme entre le bien et le mal : ces thèmes en filigrane nous mènent directement à la philosophie, sinon à la spiritualité. Et dans ce récit, tout a un sens, tout est sens. Le blog d’Amélie l’illustre d’ailleurs en donnant des rudiments de wolof pour mieux comprendre la poésie des noms.
Shouna fait partie des histoires qui nourrissent l’enfant qui sommeille en l’adulte (et vice versa), qui transmettent de la vie brute, qui font grandir notre humanité. Alors vivement la suite et en attendant, foin des idées reçues sur les contes et autres récits de l’oralité !

Shouna la genèse maudite, T1
Titre : Shouna, la Genèse maudite T.1
Auteur : Amélie Diack
Autoédition
Année de parution : 2018

Isbn : 978-1983075940

Shouna, la Genèse maudite T.1 – Amélie Diack

Pour l’avoir à soi : https://ameliediackauteure.blog/tag/shouna-la-genese-maudite/

La page Facebook de l’auteur : https://www.facebook.com/shounadiack/