XXIIème siècle – Un cauchemar – Amélie DIACK

L’homme est le remède de l’homme. Il parait. C’est ce que dit un proverbe du Pays de la Téranga. Par « Téranga », il faut comprendre l’art de l’accueil, du bien recevoir. L’étranger est toujours le bienvenu. Depuis quelques mois, j’ai la gueule de bois. Je vis un cauchemar éveillé. La Téranga n’est plus. L’humain mérite le respect. Quel qu’il soit. L’humain est accompagné toute sa vie par des personnes qui traversent sa vie, la partagent. Ils l’accompagnent aussi lors de sa mort.

Un jour, une surprise. Une, deux, puis trois petites vidéos. Une incohérence humaine. Une blague! Un cauchemar! Une incohérence qui m’interpelle  beaucoup, me broie le cœur. Ô stupeur! Des voitures qui roulent avec un cercueil sur le toit. Des personnes qui se mobilisent. Ils hurlent. Les mots sont violents. Ignobles. Les gestes sont d’une violente indignité. Que se passe t-il? Pourquoi  tant de violences? Pourquoi un cercueil se promène t-il sur les routes? Est-il vide?

Maintenant, il parait  qu’il y a des critères de sélection pour enterrer un corps. Au nom de je ne sais quoi, de je ne sais qui, une personne qui a perdu la vie pour x raisons, n’a pas le droit de reposer en paix dans la terre de sa ville, de son village, de son pays, du fait de son homosexualité, de sa maladie (COVID) présumées ou avérées. Que se passe t-il dans ce pays où l’humain bénéficie, souvent, de beaucoup d’attentions de son vivant? Ce pays où la mort fait partie de la vie à tel point que toute inimitié s’arrête avec la mort de son ennemi?

De quel droit s’autorise t-on à refuser l’enterrement d’un corps? Dieu a toujours demandé de le laisser seul juge d’une âme. Qu’est-il arrivé à cette population pour sélectionner les corps à enterrer? Tout humain a droit au repos éternel quel qu’ait été sa vie. Ces trois mots « Repose en paix » sont pour tout le monde. Il est triste qu’au XXIIème siècle, le respect pour les morts soit en voie de disparition. Il est triste que cette ignominie se déroule dans un fracassant silence, dans une profonde indifférence. Qui sont-ils, ces hommes et ces femmes, pour juger de la vie des autres? Pour juger leur mort? Sont-ils si dépourvus d’âme, d’empathie, pour agir ainsi? C’est ajouter une violence froide à la douleur des familles déjà éprouvées. Dans quel but? Je pense avoir fait un cauchemar. Je vais me réveiller, et la téranga, le respect de l’autre, seront à nouveau présents. Enfin, j’espère.

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