Un extrait de ma nouvelle: désespérance

Un jour, tu fus. Belle. Étale. Lumineuse. Sans une ride. Vierge de toute bosse. Ce moment-là fut. Un jour, la vie s’échappa. Ce don de soi. Ce don de la vie. Cette union avec l’avenir. Ce don de vie qui offre la vie. Lui insuffle l’énergie des lendemains à venir. Demain est si tentant. Plein d’amour et de joie.

Puis vint la réalité. Celle qui brûle les yeux. Qui déshydrate le cœur et réduit l’âme en fumée. De cette réalité qui tient éveillé, des nuits durant, la larme sèche au coin de l’œil. La larme brûlante essuyant la pupille de son souffle sec. Ce souffle sec venant d’un corps rendu aride par la souffrance. Une souffrance qui annihile toute humanité.

L’homme se peut ténèbres. L’homme se peut violent. Douce violence qui lacère, étripe tout signe d’humanité. Un jour viendra et il est proche, le temps des oublis, le temps de désigner ce qui ne fut jamais. Un jour viendra et il s’ancrera dans les mémoires. Un jour où une page se tournera. Une histoire se terminera. Dans un silence profond. Dans une indifférence totale. L’oubli se posera sur l’aile de l’éternité. Le souvenir sera enterré dans un désert de mépris. Honni soit qui se rappellera.

L’amour fit un tour. Puis deux. Puis… deux et demie. La flamme se tarit sous le souffle de l’absent. De celui qui aurait pu être. Ce passage rapide d’une étincelle de bonheur. Puis le néant. La trahison. Un corps saccagé par le désamour. Le rire criant des Autres. Le silence hurlant des Autres. Encore un genou qui se plie et se déplie. Dans la douleur. Et la scélérate vie continue. Se pavane. Enveloppée dans son boubou clinquant. Son rire bruyant. Son regard hautain.

Que la douleur soit ! Et la douleur fut. A jamais. Malédiction profonde qui se pose avec fracas sur les débris d’une vie en deuil. Non, demain, il ne fera pas jour. Demain ne sera plus. Battu en brèche par le poids des malédictions sans fin, demain est enterré sous des tonnes de désirs inassouvis, de rêves avortés. De nuits blanches alimentées par la force du désespoir. De la désespérance. De l’inespérance. De la douleur. Demain est sous terre accompagnant l’espoir et la résilience. Demain ne sera pas un autre jour. Demain ne sera pas.

L’humain a tenu bec et ongle aux bouts de vie. L’humain s’est agrippé à une parcelle fuyante. L’humain s’est agrippé au vide et a connu le fond du désespoir. La vie lui a tourné le dos. Le vide s’est instauré. Trop de plaintes. Trop de cris. Trop de souffrances. L’Autre n’aime pas. L’Autre a peur d’une épidémie. Une épidémie de souffrance. Une épidémie de Douleurs. Une épidémie d’espèces non sonnantes et pas du tout trébuchantes. Et le vide se fit. Doucement. Brusquement. Il s’installa. Lentement. Dans un silence fracassant. Le vide se fit une place. Il la choisit grande. Immense. Totalement égoïste. Enfin un endroit où il se sentait à son aise. Il regardait l’humain qui se recroquevillait sous les mots terribles. Les mots assassins. L’humain qui ravalait ce contingent de larmes brûlantes qui asséchaient sa vie. Ces maudites larmes qui faisaient fi de la décence. L’humain qui se recroquevillait sous le poids des accusations. Sous le poids de l’indifférente accusation de vouloir exister.

La terre-mère appela et l’humain se retourna. Enfin la rédemption. Enfin la paix. Plus de culpabilité. Plus de souffrances ensevelies sous des tonnes d’une terre nourricière et rédemptrice. Enfin la consolation ! Enfin l’amour si vite perdu. En son sein la terre mère accueillit l’humain et atténua sa solitude. Ses peurs. Ses cris. Ses sanglots. Ce silence environnant. Et la terre mère caressa ces cheveux blanchis par la douleur et l’indifférence. Elle caressa ce corps usé par la douleur. Ce corps qui fut et qui ne sera plus jamais. Et une vie s’en alla. Dans un bruyant silence et une indifférence claquante. Une vie qui ne sera plus jamais. Pour l’éternité.

Amélie Diack Antony, le 25 janvier 2018

 

Il fut un temps…

Il fut un temps où la marche était pénible mais bien réelle. Il fut un temps où la vie autour de l’être grouillait de projets et la tête s’en emplissait. Elle se remplissait de rêves. De rencontres. De force. Malgré les déboires. Les douleurs. Les cris muets. Les larmes brûlantes. Il fut un temps…

Le temps est venu. Celui des absences. Des « avant, je pouvais« . Des marches incertaines. Du vide abyssal de la vie. De la fin des projets et des rêves. Des doutes. Des rêves brisés. Il est venu… le temps des cris sourds. Des cris-hurlements qui tétanisent la gorge. Des cris qui font des entrailles les fossoyeurs des rêves brisés. Il est venu… le temps des larmes solitaires. Des douleurs muettes de stupéfaction. Des douleurs… briseuses de corps et de vie. Il est venu le temps…..

Incompréhension. Doutes. Chuchotements. Regards sévères. Regards pénibles. Regards accusateurs. Regards…Oubliés les partages. Les rires. Oubliée l’innocence des lendemains. Oubliés…

Demain est un autre jour. Demain est un rêve avorté. Demain est source de souffrances. De douleurs. De peurs. De terreurs sans nom. De cœurs brisés. D’amour propre piétiné sur l’autel du doute. Du doigt accusateur. Du qu’en dira t-on tenace.  Du qu’en dira t-on menaces. Du qu’en dira t-on. Demain….

Amélie Diack

Antony,  le 26 janvier 2019

AUBE VERTE (à Sabah)

Une sonnerie vrilla le silence. Seul l’écho répondit. La maison était vide. Pourtant elle grouillait de vie. Une télévision, quelque part, hurlait une chanson chaloupante. Des enfants criaient en rythme. Une femme s’égosillait par-dessus cette cacophonie. Son cri restait fortement inaudible.

Des bruits de pas. Précipités. Colériques. Pressés. Un grognement sourd. Un bruit de verre brisé. Le silence. Silencieusement bruyant. Le silence. Lourd de non-dits. Le silence. Vibrant de hurlements tus, étouffés.

Une débandade. Plus d’enfants. Une terreur muette. Une voix étouffée qui cherche un écho. Une réponse qui ne vient pas. Qu’y a-t-il ? Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Des nouvelles. De qui ? Ah.

Le silence. A nouveau. Terrible. Douloureux. Une âme qui se déchire. Des sanglots. Des soupirs. Des souvenirs. Un cœur que se fracasse. S’arrache à vif. En vie.
Elle était là. Il fut un temps. Elle est partie par une aube incertaine. Elle foulait le tapis vert. Elle avançait sans un regard en arrière. Elle est partie notre Aube Verte. Sans un regard en arrière. La tête pleine de rêves. Elle est partie Sabah vers une contrée qui se nommait Akdar.

Un téléphone qu’on raccroche. Une voix muette qui résonne dans le silence. Des larmes brulantes. Un sourire. Illuminé. Vivant. Des yeux qui pétillent. Il n’y aura plus d’aube verte. Unique aube verte. Plus que jamais présente.

Amélie Diack
Antony le 02 juillet 2017