Il fut un temps…

Il fut un temps où la marche était pénible mais bien réelle. Il fut un temps où la vie autour de l’être grouillait de projets et la tête s’en emplissait. Elle se remplissait de rêves. De rencontres. De force. Malgré les déboires. Les douleurs. Les cris muets. Les larmes brûlantes. Il fut un temps…

Le temps est venu. Celui des absences. Des « avant, je pouvais« . Des marches incertaines. Du vide abyssal de la vie. De la fin des projets et des rêves. Des doutes. Des rêves brisés. Il est venu… le temps des cris sourds. Des cris-hurlements qui tétanisent la gorge. Des cris qui font des entrailles les fossoyeurs des rêves brisés. Il est venu… le temps des larmes solitaires. Des douleurs muettes de stupéfaction. Des douleurs… briseuses de corps et de vie. Il est venu le temps…..

Incompréhension. Doutes. Chuchotements. Regards sévères. Regards pénibles. Regards accusateurs. Regards…Oubliés les partages. Les rires. Oubliée l’innocence des lendemains. Oubliés…

Demain est un autre jour. Demain est un rêve avorté. Demain est source de souffrances. De douleurs. De peurs. De terreurs sans nom. De cœurs brisés. D’amour propre piétiné sur l’autel du doute. Du doigt accusateur. Du qu’en dira t-on tenace.  Du qu’en dira t-on menaces. Du qu’en dira t-on. Demain….

Amélie Diack

Antony,  le 26 janvier 2019

Moi Haïti

Moi Haïti, pays de Dessalines, de Toussaint-Louverture, du roi Christophe et de sa tragédie…. Moi, Haïti, aujourd’hui, je souffre. Aujourd’hui, j’ai mal. La souffrance, la douleur, je connais. J’ai conquis ma liberté dans des rivières de sang, dans des larmes d’agonie, dans des cris de colère, de douleur, de rancœur, de rancune……

Moi, Haïti, aujourd’hui, j’ai plié les genoux, comme les femmes qui, dans les rues de Port au Prince, se laissent, d’un coup, tomber à genoux, les bras levés vers les cieux, implorant de Dieu un peu de répit à leur misère.

Moi, Haïti, aujourd’hui, je verse des larmes de sang. Je pousse des cris muets de douleur, de terreur, de désespoir. Je pleure des rivières de larmes sèches : mes enfants ont faim. Mes enfants ont mal. Mes enfants ont peur. Où qu’ils soient dans le monde, ils implorent la pitié divine pour Moi, Haïti, pour leurs familles. « Bon dié vin aidé nou ».

Moi, Haïti, en ce jour de deuil, de désespoir, je regarde mon peuple qui a tout perdu, qui a perdu tout ce qu’il avait, c’est-à-dire… rien. Mon peuple n’a jamais eu grand-chose à part la misère, la pauvreté, la dictature. Mon peuple a toujours été digne dans sa pauvreté. Mon peuple a toujours gardé son humanité, son humilité. Mon peuple…

Aujourd’hui, hagard, souffrant, mais digne, mais droit, il se promène dans les rues, comptant ses morts, cherchant ses disparus, embrassant les vivants. Pour une fois, ô Dieu, daigne tourner Ton regard vers mon peuple, daigne étendre Tes mains sur lui, allège ses souffrances, ses peurs. De Ton souffle puissant et divin, soulève ces tonnes de béton qui étouffent la vie, les cris des survivants, de mon peuple agonisant. Pour une fois, ô Dieu, prends pitié de Mon peuple.

Moi, Haïti, pays que l’on dit de malédiction, fais encore face à l’infortune. Les gens n’ont rien compris. Tel Job, Ma foi, celle de Mon peuple est depuis toujours éprouvée, mais elle ne revient que plus forte, que plus intense.

MOI, HAÏTI, J’AI FOI EN MON PEUPLE ET EN SA DIGNITE

Amélie DIACK Antony, le 16 janvier 2010